Interview du Dr Pavlina Konstantinova, chercheur à uniQure, par HD Insights
Le Dr Konstantinova parle du programme de la compagnie uniQure portant sur le développement d’un traitement de thérapie génique pour la M.H. en utilisant des microARNs délivrés via un vecteur viral adéno-associé.
Mise en ligne le 21 mars 2017

Rappel sur ce qu'est la thérapie génique

La thérapie génique utilise des acides nucléiques (ADN ou ARN) pour soigner ou prévenir des maladies.
Selon la pathologie, cet objectif peut être atteint en délivrant aux cellules un gène fonctionnel qui remplace le gène défectueux à l’origine de la maladie (transgène), un gène à action thérapeutique, ou encore de l’ARN capable de réguler ou bloquer partiellement l’expression d’un gène altéré.
Ces acides nucléiques sont le plus souvent transportés dans les cellules du patient grâce à un vecteur viral, mais ils peuvent également être injectés directement dans les cellules, sous forme d’ADN nu (Source : Inserm)

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La compagnie uniQure, située à Lexington (Etat du Kentucky aux Etats-Unis), a pour mission de développer et de fournir des thérapies géniques curatives.
Dans le cadre de la maladie de Huntington, elle développe une thérapie génique avec son produit candidat, AMT-130 composé d'un vecteur AAV5 portant un micro-ARN artificiel, ayant pour objectif de réduire au silence le gène Huntingtin.
L'objectif thérapeutique est d'inhiber la production de la protéine huntingtine mutante.

Ce qui suit est une transcription de la conversation éditée dans HD Insights du 22 février 2017, un périodique sur la recherche MH mondiale destiné aux chercheurs et aux cliniciens MH du monde entier et dirigé par un comité de rédaction comprenant des représentants des trois continents et des représentants des universités, de l'industrie et de la communauté MH.

Sur la compagnie UniQure 

HD Insights 

Parlez-nous de la compagnie uniQure

Konstantinova

UniQure jouit d’une position unique car nous avons mis en place une plate-forme de production évolutive de vecteurs viraux adéno-associés (AAV) – thérapies géniques administrées à des fins commerciales.
Nous avons commencé cela il y a un certain nombre d’années, lorsque nous développions notre premier produit, Glybera® (alipogene tiparvovec), qui a été conçu dans le système mammifère que beaucoup d’autres chercheurs utilisent.

Cependant, au cours de la période de développement du Glybera®, nous avons constaté que le processus que nous utilisions n’était pas évolutif et n’était pas réellement stable pour un usage commercial.
Nous sommes donc passés, il y a plusieurs années, d’un système de production mammifère à un système de production basé sur des insectes.
Pour le moment, nous pensons que nous jouissons d’une position unique, et nous sommes la première compagnie qui a investi dans le développement de cette plate-forme de production à grande échelle pour des vecteurs viraux adéno-associés.

Glybera® a été approuvé par les agences européennes de réglementation pharmaceutique pour le traitement du déficit familial en lipoprotéine lipase.
Il n’est pas actuellement disponible sur le marché américain.

HD Insights 

Quels sont les projets de thérapies MH d’uniQure ?

Konstantinova

UniQure a lancé le programme MH il y a environ six ans.
Nous avons associé notre expérience de la production et de la livraison d’AAV avec l’approche de silençage basé sur le microArn.
Avant la MH, nous avons travaillé avec succès pour faire valoir le concept de notre technologie de silençage génique pour la maladie du foie, et nous avons publié un certain nombre d’articles dans des revues examinées par des pairs.
Après ce travail initial, la MH semblait être une bonne candidate pour l’approche du silençage génique.

La maladie de Huntington est une maladie monogénique avec une nature très bien définie de la mutation du principal gène qui se traduit par la production de protéines huntingtine mutantes.
Mais en plus, je pense que la maladie de Huntington est une maladie dévastatrice, et aucun traitement n’est actuellement disponible.
Nous y avons vu une occasion d’essayer de développer une thérapie de modification de la maladie qui peut éventuellement offrir la possibilité de changer la donne dans la gestion de la MH.
La réduction de l’expression de la protéine huntingtine mutante nous semble être la prochaine étape logique car on peut s’attendre à ce qu’elle contribue de manière significative au ralentissement de la progression de la maladie.

Actuellement, nous développons une approche basée sur l’ARN interférence.
Nous avons conçu des petites molécules ARNs, connues sous le nom de microARNs (miARNs), lesquelles ciblent l’ARN messager de la huntingtine humaine, exprimées à partir d’une cassette d’ADN (fragments d’ADN comportant plusieurs gènes) incorporée dans des particules de vecteur viral adéno-associé.
Cette cassette d’expression pourrait être administrée chez le patient dans le but de réduire l’expression du gène MH mutant.

HD Insights

D’autres compagnies étudient également des thérapies de silençage génique pour la maladie de Huntington.
Pouvez-vous nous dire comment votre approche est différente ou semblable aux autres ?

Konstantinova

Tout d’abord, les compagnies, qui tentent de réduire au silence le gène MH mutant, essaient de diminuer la quantité de protéine huntingtine.
Ce qui nous distingue des autres compagnies, c’est que nous proposons d’utiliser une thérapie génique en une seule administration alors que les autres approches nécessiteraient plusieurs administrations.
En outre, avec une approche de thérapie génique utilisant des AAV, nous pouvons sélectionner le sérotype viral pour affiner le ciblage et la sécurité du système de délivrance, et nous avons travaillé sur l’amélioration de la procédure de délivrance afin d’obtenir un profil efficace et sans danger.
Je pense que c’est réellement notre force – l’association du mécanisme d’action, d’un sérotype viral, de la plate-forme de production et de la procédure de délivrance que nous avons sélectionnée.

HD Insights

Comment et où la thérapie sera-t-elle administrée ?

Konstantinova

Pour le moment, nous envisageons de cibler la structure striatale du cerveau.
Cela impliquerait une injection intraparenchymale.

HD Insights

Comment se déroulent vos travaux précliniques ?
Avez-vous appliqué cette thérapie sur un modèle animal par exemple ?

Konstantinova

Nous collaborons avec d’autres chercheurs lors de nos travaux précliniques.
Nous avons testé la thérapie sur un large éventail de modèles animaux MH.
Il y a quelques années, nous avons commencé une collaboration avec le Dr Nicole Déglon du CHUV de Lausanne en Suisse, laquelle a développé un modèle murin MH (rat).
La première expérience de preuve du concept a été réalisée avec ce modèle, lequel présente typiquement une pathologie très grave ; la neurodégénérescence se produit très rapidement, avec une formation d'agrégats de huntingtine mutante très sévère.

Après ces expériences, nous sommes passés à un modèle de souris humanisé en travaillant avec le Dr Amber Southwell de l’Université de la Colombie-Britannique (Canada) au sein du laboratoire du Dr Michael Hayden et nous avons effectué avec ce modèle un certain nombre d’études à doses croissantes.
Ce modèle est unique car il possède deux copies du gène huntingtin humain ; un gène muté, un gène de type sauvage et aucune origine huntingtine murine.
Il est donc très approprié pour une approche de thérapie génique comme la nôtre, où le gène huntingtin pourrait être réduit au silence, et la tolérance de la diminution totale de huntingtine étudiée.
Nous avons également collaboré avec les laboratoires Charles River au sein desquels nous testons l’amélioration fonctionnelle chez des modèles murins MH plus standardisés.

Au cours des deux dernières années, la plupart de nos expériences ont porté sur de plus grands animaux.
Nous avons commencé nos expériences sur des miniporcs MH en collaboration avec le Dr Jan Motlik de l’IAPG (Libechov, République Tchèque) ; ce modèle a été développé conjointement avec la Fondation CHDI.
Lors de ces expériences, nous administrons notre thérapie de silençage génique d’une manière similaire à celle que nous envisageons dans notre programme clinique.
Nous avons obtenu les premières données, issues de ce modèle de miniporc MH, montrant une chute importante de la huntingtine, ainsi qu’une très bonne distribution virale et expression du miARN.
Je pense que jusqu’à présent nous avons constaté un profil de sécurité adéquat.
Et enfin, nous avons réalisé des tests chez des primates non humains en bonne santé afin d’affiner la procédure de délivrance.
Nous avons injecté dans différentes zones cérébrales avec des doses virales croissantes et examiné la distribution virale, l’inflammation et la neurodégénérescence.
Nous définissons notre dose thérapeutique chez les patients, visant à réduire la huntingtine d’environ 50% et sans aucun évènement indésirable associé, en nous basant sur les résultats de nos expériences.
Comme vous pouvez le voir, nous avons utilisé plusieurs modèles animaux MH, ainsi que des primates non humains en bonne santé, pour propulser notre programme clinique vers la phase de développement.

HD Insights

Pouvez-vous nous parler de l’effet clinique que vous avez observé lors de vos essais sur le modèle porcin ?

Konstantinova

A l’heure actuelle, le modèle porcin ne présente pas de symptômes cliniques de la maladie de Huntington, de sorte que les seuls paramètres que nous pouvions évaluer étaient la réduction de la huntingtine mutante dans le système nerveux central, ainsi que la distribution virale et l’innocuité.
Nous avons examiné la diminution de la huntingtine dans le liquide cérébro-spinal à trois mois et nous avons observé une tendance à la diminution chez les animaux traités.
Nous avons principalement examiné dans le sang les marqueurs pour l’activation du système immunitaire car il s’agit d’une mesure de sécurité très importante pour notre thérapie.
Nous avons constaté une augmentation transitoire de ceux-ci dans certaines cytokines et interleukines au sein des groupes de traitement.
L’étude n’a pas encore été publiée mais nous espérons la soumettre pour publication avant la conférence de la Fondation CHDI (avril 2017).

HD Insights

Pensez-vous qu’il soit possible de pouvoir examiner les taux de huntingtine chez les humains, ou de rechercher des effets dus à la diminution de la huntingtine soit dans le sang, soit dans le liquide cérébro-spinal ?

Konstantinova

Je pense que s’il était possible d’avoir un affichage positif de la huntingtine mutante, ce serait dans le liquide cérébro-spinal.
Dans la mesure où notre thérapie serait administrée directement dans le liquide cérébro-spinal, nous ne croyons pas à une fuite de l’agent de silençage génique en périphérie de celui-ci, de sorte que tous les changements dans la huntingtine mutante, auxquels nous nous attendons, seraient dans le liquide cérébro-spinal.
Je n’ai pas, actuellement, connaissance de mesures positives de la huntingtine mutante dans le sang ou dans le liquide cérébro-spinal.
Nous pouvons envisager d’évaluer les taux de la huntingtine mutante dans le liquide cérébro-spinal car il s’agit d’un biomarqueur pour une thérapie efficace.

HD Insights

Les chercheurs prennent à la fois des approches d’allèles spécifiques et des approches d’allèles non spécifiques pour le silençage génique dans le cadre de la MH.
Sur quoi travaille UniQure et pourquoi ?

Konstantinova

Nous avons publié un article dans la revue Molecular Therapy – Nucleic Acids portant sur notre évaluation des deux approches, allèles spécifiques et silençage total ; cependant, notre programme de développement au sein de la compagnie a mis l’accent sur le silençage total de la huntingtine.
Bien sûr, nous travaillons également sur l’approche de l’allèle spécifique mais la première thérapie que nous aimerions apporter aux patients serait basée sur le silençage total de la huntingtine.

HD Insights

Quand prévoyez-vous de commencer les tests de votre thérapie sur les humains ?

Konstantinova

Le programme progresse très bien et nous nous efforçons d’atteindre un objectif afin de commencer un essai clinique en 2018.
Actuellement, nous initions nos études de validation DNI et nous définissons nos dispositifs réglementaires.
Pour soutenir notre programme clinique, nous créons un réseau clinique comprenant les principales personnalités influentes dans le domaine de la MH, mais également des neurochirurgiens, des experts en administration de thérapie génique dans le cerveau et des spécialités de l’anatomie cérébrale qui peuvent nous aider et nous conseiller sur le développement de notre programme.

HD Insights

Avez-vous des premières réflexions sur la population de personnes atteintes de la maladie de Huntington que vous jugeriez appropriée pour la première investigation ?

Konstantinova

Nous en avons beaucoup parlé avec nos principales personnalités.
Comme nous le savons, l’atrophie cérébrale débute chez les patients MH avant l’apparition des symptômes, et la dégénérescence neuronale précède le déclin des fonctions neuronales.
Si nous partons de ce point de vue, nous pensons que pour avoir une forte probabilité d’efficacité thérapeutique, nous devrions traiter les patients le plus tôt possible, soit au moment du diagnostic, soit peu de temps après le début de la manifestation des symptômes.
Je pense donc que, pour le premier essai, il faudra intervenir le plus tôt dans le cours de la maladie.
Pour obtenir un bénéfice thérapeutique maximal, il faudra intervenir auprès des patients au moment du diagnostic génétique.

HD Insights

Y a-t-il d’autres choses que vous aimeriez que la communauté MH sache à propos de votre approche et de vos thérapies de silençage génique ?

Konstantinova

Oui, je pense que nous avons déjà des résultats très prometteurs.
Associé à la plate-forme de production que nous avons développée, je pense que nous pouvons faire de la thérapie génique MH une réalité dans un proche avenir.
Je pense donc que le silençage génique, en tant que traitement modificateur de la maladie, peut réellement changer la donne pour les patients MH.

HD Insights

Merci beaucoup à vous et à vos collègues d'uniQure pour tous vos efforts dans la recherche et la découverte encourageantes de traitements qui feront une énorme différence pour la maladie de Huntington.

Sur le composé de la compagnie uniQure : AMT-130

Il s’agit d’un micro-ARN artificiel ciblant la huntingtine humaine, porté par un vecteur viral adéno-associé (AAV5) (AAV5-miHTT).

Mécanisme d’action : Les microARNs (miARNs) ciblent les transcriptions de l’ARN messager (ARNm) et mènent au silençage du gène en supprimant la traduction.
Le projet d'uniQure intègre également des promoteurs ADN pour améliorer la transcription des microARNs dans les tissus cibles, et le vecteur AAV5 est particulièrement efficace pour cibler les tissus hépatiques et neuronaux.
L'AMT-130 a été sélectionné dans des études précliniques à la fois pour l'efficacité

à diminuer la production de la huntingtine mutante et à minimiser les effets hors cible.

Traduction libre (Dominique C. - Michelle D.)

Source : Article publié dans le journal HD Insights du 22 février 2017