Un nouveau test mesure la quantité de protéine huntingtine mutante dans le liquide céphalo-rachidien.

Pour la première fois, un nouveau test a pu mesurer l’accumulation de la protéine huntingtine mutante nuisible dans le système nerveux de patients atteints de la maladie de Huntington, au cours de l'évolution de la maladie.
Mise en ligne le 19 mai 2015


Aux termes d’une étude récente publiée dans le Journal of Clinical Investigation, le Dr Ed Wild de l’institut de neurologie UCL (co-fondateur et rédacteur en chef du site HDbuzz), le Dr Weiss et leur équipe de collègues internationaux ont rapporté qu’ils avaient une méthode affinée pour détecter uniquement les molécules de protéine huntingtine.

Jusqu’à présent, il était impossible de quantifier la protéine mutante dans le système nerveux des patients MH vivants.

Une équipe internationale de scientifiques de l’University College London, d’IRBM Promidis, de l’University British Columbia, de l’Université de l’Iowa et de la fondation CHDI a développé un nouveau test ultra-sensible en utilisant le système Singulex SMC Technology Erenna® Immunoassay, lequel est capable de détecter la protéine huntingtine mutante dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) des patients MH, y compris dans celui des personnes porteuses de la mutation n'ayant pas encore développé de symptômes.
Ce test, intitulé un ‘test de simple comptage de molécule’, combine des anticorps fluorescents avec une chambre de détection à laser pour compter individuellement les molécules de la protéine huntingtine, avec un seuil de détection très faible.
Les résultats de l’équipe de recherche ont été validés dans des échantillons de LCR issus de deux groupes différents de volontaires à Londres et à Vancouver.

Le liquide céphalo-rachidien est un liquide clair produit par le cerveau, pouvant être collecté relativement facilement avec une aiguille selon un processus connu sous le nom de ponction lombaire.
Le LCR est utilisé dans le diagnostic d’autres maladies neurodégénératives, telles que les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, mais jusqu’à présent la protéine, responsable de la maladie de Huntington, n’avait jamais été détectée dans le LCR.
« Nous pensons que la protéine huntingtine est libérée dans le liquide céphalo-rachidien à partir de ces mêmes cellules du cerveau qu’elle tue » a déclaré le Dr Ed Wild d’UCL Institute of Neurology.
« C'est la preuve du mal que fait la protéine dans le système nerveux humain vivant ».

Outre la détection, pour la première fois, de la protéine dans le LCR, les chercheurs ont découvert que la quantité de protéine huntingtine mutante était plus élevée chez des patients MH qui étaient à un stade avancé de la maladie.
En fait, les scientifiques ont rapporté que les taux de la protéine huntingtine mutante augmentaient avec le développement de la maladie et pouvaient permettre de prévoir le degré de séverité des problèmes cognitifs et moteurs.

« Nous ne disposons pas encore de traitements pouvant ralentir la progression de la maladie de Huntington mais lorsque nous en aurons, mesurer la quantité de protéine mutante dans le liquide céphalo-rachidien pourrait orienter les décisions cliniques, telles que le meilleur moment pour débuter un traitement » a déclaré le Dr Douglas Macdonald de la fondation CHDI.
« Mesurer la quantité de huntingtine peut également être un biomarqueur essentiel pour des essais à venir portant sur des thérapies de diminution de la huntingtine ».

L’année 2015 verra le début du premier essai clinique humain concernant le silençage génique, ou médicament diminuant la huntingtine, lequel vise spécifiquement à réduire la production de la huntingtine mutante dans le cerveau des patients MH.
Etre capable de détecter et de mesurer de manière fiable la quantité de huntingtine mutante présente dans le système nerveux sera un moyen précieux permettant de savoir si le médicament de silençage génique atteint sa cible et produit l’effet escompté, c’est-à-dire une diminution de la quantité de protéine huntingtine, responsable de la maladie.
Cette nouvelle technique ne sera pas seulement importante pour tester des médicaments actuels et à venir ralentissant l’évolution de la maladie de Huntington, mais elle pourra fournir un outil clinique utile pour prédire et surveiller la progression de la maladie.

Cependant, à ce stade, les résultats du Dr Wild et de ses collègues ont besoin d’être reproduits dans un plus grand nombre d’échantillons de LCR.
Les scientifiques ont également besoin de comprendre exactement ce que les taux de la huntingtine mutante dans le LCR peuvent leur dire à propos de ce qui se passe dans les cellules du cerveau MH ; de savoir comment ces mesures restent stables chez une même personne au fil du temps et comment elles changent en réponse à un médicament qui diminue la quantité de protéine huntingtine mutante.

La nouvelle technique sera un outil inestimable pour aider les chercheurs à étudier les effets de cette maladie dans le système nerveux vivant.

Traduction libre (Dominique C. - Michelle D.)

Source : Communiqué de presse de UCL du 6 avril 2015