Les anticorps peuvent-ils être utiles dans le cadre de la maladie de Huntington ?

Les anticorps sont connus pour leur rôle dans l’immunité, mais les chercheurs les réutilisent selon différents moyens.
Mise en ligne le 2 mars 2015


Le facteur de croissance "BDNF" envoie habituellement aux cellules du cerveau un signal "survivre !".
Dans le cadre de la maladie de Huntington, ce système ne fonctionnant pas comme il se doit, les scientifiques ont recherché des moyens de booster le signal.
Habituellement, les anticorps jouent un rôle important dans le système immunitaire mais les chercheurs ont identifié deux anticorps, produits par la compagnie Pfizer, pouvant agir comme un ensemble de clés de rechange afin d’activer le récepteur TrKB.
Ceci déverrouille la porte pour déterminer si un accroissement de l’activité de TrKB est suffisante pour empêcher les neurones de mourir, dans l’espoir de ralentir l’évolution de la maladie de Huntington.

Un déséquilibre entre les signaux

La neurotrophine "BDNF" a été décrite dans d’anciens articles comme étant une sorte de ‘Miracle-Gro’ (engrais) pour le cerveau.
Ce facteur neurotrophique agit comme une clé, s’insérant dans des molécules de verrouillage spécifiques situées à la surface des cellules du cerveau.
Lorsque le BDNF s’insère dans un type de serrure (un récepteur appelé TrKB), il agit comme une sorte de "protéine de coach de vie", provoquant une cascade d’évènements qui signalent aux cellules de survivre ou de se développer.
Bien entendu, les choses sont un peu plus compliquées que cela : le BDNF peut également s’insérer dans un "trou de serrure" différent, ce qui envoie plutôt un signal "vous pouvez mourir maintenant".
Dans le cadre de la maladie de Huntington, une chose est sûre – l’équilibre entre ces signaux a disparu.
Les recherches menées par Surmeier et son équipe suggèrent que ceci est dû à une dose BDNF supplémentaire de "vous pouvez mourir maintenant", du moins chez les souris.
Il y a également, dans le cadre de la MH, moins de récepteurs TrKB.
Ainsi, les chercheurs ont travaillé sur le renforcement du signal "Survivre", et il existe une pléthore d’indices suggérant que davantage de BDNF semble être meilleur pour les neurones dans le cadre de la maladie de Huntington.

Pouvons-nous donc juste donner aux patients MH davantage de BDNF ?

Malheureusement, cela n’est pas aussi simple que cela.
Comme pour beaucoup de médicaments lorsqu’ils sont administrés oralement, peu de BDNF atteint le cerveau des patients.
Peut-être plus important, puisque le BDNF est une clé qui se lie à plus d’un trou de serrure ou récepteur, les chercheurs doivent être prudents quant aux signaux activés.
Afin de contourner ces limitations, les chercheurs ont recherché d’autres médicaments pouvant agir comme un ensemble de clés de rechange aux fins de déverrouiller seulement l’activité des récepteurs TrKB.

Aux termes d’une étude publiée l’année dernière, Todd et ses collégues ont entrepris la tâche d’évaluer un nombre de médicaments candidats, récemment rapportés dans la littérature, en ce compris les composés "7,8-DHF" et "LM22A-4".
Contrairement aux comptes-rendus précédents, les composés testés n’ont pas activé le récepteur TrKB ou protéger les neurones contre la protéine MH nocive.
Cependant, deux anticorps produits par la compagnie Pfizer (aux noms de "38B8" et "29D7") semblent être prometteurs.

La réutilisation d'outils de la nature

Les anticorps sont des protéines spécialisées, produites par le système immunitaire pour reconnaître les caractéristiques uniques d’une cible étrangère (une bactérie ou un virus).
Notre organisme produit naturellement ces molécules qui recherchent des envahisseurs et les arrêtent avant qu’ils ne nous rendent malades.
Pendant des années, les chercheurs ont, dans de nombreux domaines, réutilisé ces protéines – des anticorps qui reconnaissent votre molécule préférée deviennent des outils très utiles !
Les chercheurs ont, à ce jour, générés des anticorps qui se lient au récepteur TrKB.

Todd et ses collègues ont confirmé que les anticorps de la compagnie Pfizer, "38B8" et "29D7", se liaient spécifiquement au seul récepteur TrKB – un ajustement parfait serrure/clé.
Une fois liés, ces anticorps ont agit beaucoup comme le BDNF, bien que la réaction suscitée par "38B8" et "29D7" ait été légèrement inférieure à celle du BDNF.
Lors d’essais sur des neurones striataux de rats porteurs de la mutation MH cultivés dans une boîte de Pétri, "38B8" et "29D7" ont réduit la mort cellulaire.
Il s’agit d’une bonne nouvelle dans la mesure où les neurones striataux sont les plus affectés dans le cadre de la maladie de Huntington.

La prochaine étape des chercheurs est de tester "38B8" et "29D7" aux fins de savoir s’ils agissent effectivement chez un modèle animal MH.
Mais tout d’abord, leur défi est de trouver le meilleur moyen d’administrer les anticorps dans le striatum.

Bien que ces anticorps sont encore loin d’avoir une valeur thérapeutique dans le cadre de la maladie de Huntington, cette étude a commencé à libérer le potentiel de stimulation de la signalisation TrKB.
Elle peut également être utile pour répondre à des questions portant sur le fait de savoir si le renforcement du signal "survivre !" sera seul suffisant pour empêcher les neurones striataux de mourir.

Cette étude était également une bonne évaluation d’autres petites molécules d’activation du TrKB.
Bien que la totalité des médicaments candidats ne peuvent être confirmés comme actifs, le succès observé avec les anticorps constitue une bonne base pour le développement futur d’autres petites molécules activant spécifiquement et uniquement TrKB, avec l’espoir que les neurones striataux soient épargnés des effets nocifs de la MH.

Traduction libre (Dominique C. - Michelle D.)

Source : - Article de Lakshini Mendis du 18 février 2015