La maladie de Huntington : le test prédictif

 

Lorsque des cas sont connus dans une famille, il est possible de réaliser un test génétique prédictif.
Le test prédictif de la maladie de Huntington existe depuis 1993, permettant aux personnes "à risque" (majeures) de savoir si elles portent le gène défectueux et en conséquence, de savoir si elles développeront la maladie dans l'avenir.

Il consiste en l'analyse d'un échantillon de l'ADN obtenu par une simple prise de sang.
Cette analyse permettra d'obtenir le nombre de répétition du triplet CAG, lequel indiquera à la personne si elle est susceptible de développer ou non la maladie, ou si elle se situe dans une "zone grise" ( explications).

Ce test est soumis à un protocole strict et se déroule sur plusieurs mois, encadré par une équipe pluridisciplinaire (généticien, psychiatre, neurologue) et ceci, afin de s'assurer que la motivation de la personne concernée est bien fondée et qu'elle est capable de faire face à un résultat même défavorable.

* Déroulement du test :

- demande initiale du sujet à risque.
- phase d'information sur la maladie, sur le test en présence d'un généticien, d'un neurologue.

Lorsqu'il y a poursuite de la demande :
- phase de réflexion avec un psychologue ou psychiatre, une assistante sociale.
- phase de décision : il s'agit là de la prise de sang.
- rendu de décision qui intervient un mois (ou plus) après la prise de sang.
- suivi médico-psychologique et social.

Il est à préciser que le sujet à risque peut à tout moment, lors du déroulement du test, abandonner sa démarche.

Un grand nombre de personnes "à risque" préfère ne pas effectuer le test du fait qu'il n'existe aucun traitement qui empêche la maladie de se déclarer si le gène est détecté.

Le résultat du test présymptomatique est transmis oralement et ne peut être communiqué à quiconque l'autorisation écrite de la personne ayant effectué le test.

* Information de la parentèle

Aux termes de l'article R1131-20-1 du code de la santé publique (créé par décret du 20 juin 2013 relatif aux conditions de mise en œuvre de l'information de la parentèle dans le cadre d'un examen des caractéristiques génétiques à finalité médicale), préalablement à la prescription, le médecin prescripteur informe la personne qu'elle est tenue, si le diagnostic de la MH est confirmé, d'informer les membres de sa famille potentiellement concernés dont elle  possède ou peut raisonnablement obtenir les coordonnées.

Le médecin informe également la personne que, dans l'hypothèse où cette dernière exprimerait par écrit sa volonté d'être tenue dans l'ignorance du diagnostic ou ne souhaiterait pas informer elle-même les intéressés ou certains d'entre eux, elle peut l'autoriser à procéder à cette information.
Il l'informe, en outre, des conséquences d'un éventuel refus de sa part de transmettre, soit elle-même, soit par son intermédiaire, l'information aux membres de sa famille potentiellement concernés.

* Souhait d'enfant

Il est possible aux personnes "porteuses" ou "à risque" d'éviter de mettre au monde des enfants susceptibles de développer la maladie de Huntington grâce :

- au diagnostic prénatal (DPN) permettant de déterminer si le foetus est porteur ou non du gène et de recourir éventuellement, en cas de résultat positif, à une interruption de la grossesse.
Ce test ne peut être effectué que si la personne à risque a réalisé un diagnostic prédictif pour elle-même.

- au diagnostic pré-implantatoire (DPI) consistant à réaliser une analyse génétique sur des embryons humains obtenus par fécondation in vitro.
Il peut être réalisé lorque la personne à risque a effectué un test présymptomatique ou lorsque cette dernière ne souhaite pas connaître son statut ( sur le DPI).

Michelle D.
Mise à jour le 25 mars 2016


 

Un livre-témoignage a été publié aux éditions Jean-Claude Lattes, "Le test" de Jean Baréma.

Ce livre relate l'histoire d'un homme sur la tête duquel pèse une "épée de Damoclès", celle de la maladie de Huntington, l'angoisse de cet homme d'être porteur du gêne et la difficile décision de se soumettre ou non au test prédictif.

 


 

Propos recueillis de Marcela Gargiulo, psychologue clinicienne
(consultation de génétique médicale de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière)
publiés le 8 mars 2005 dans la newsletter d'Orphanet :

"Dans notre service, le cheminement pour les diagnostics pré-symptomatiques est toujours le même.
Il se divise en plusieurs étapes (information, préparation, analyse moléculaire, suivi et accompagnement) étalées sur une période moyenne de quatre mois, afin de permettre au demandeur de réfléchir sur sa décision, de s'approprier son désir de connaître ou non son statut génétique.
En effet, dans tous les cas, il n'y a aucun traitement curatif, et le seul bénéfice à retirer du diagnostic est psychologique.
Parmi les 20% de personnes à risques de développer une maladie de Huntington qui font une demande de diagnostic pré-symptomatique, seulement la moitié vont au bout de leur démarche.
Paradoxalement, nous observons des réactions négatives à l'annonce d'un statut favorable : des personnes ayant construit leur vie en imaginant un avenir en tant que "malade" émettent des regrets sur des choix professionnels ou affectifs, d'autres souffrent du syndrome du survivant, ou se sentent coupables face aux membres de leur famille chez qui le test pré-symptomatique s'est révélé défavorable.
Toutes les réactions sont uniques et difficiles à appréhender, d'où la nécessité d'un processus étendu dans le temps tel que celui que nous proposons, et non d'un prélèvement sauvage sans préparation ni suivi.


Depuis peu, nous avons à cœur de faire participer le proche aidant du malade (ami, parent, enfant, auxiliaire de vie), dont la santé psychologique est aussi importante que celle du malade : s'il craque, le malade en sera fortement perturbé.
Le premier entretien a pour objectif de faire connaissance, de dédramatiser la rencontre avec le psychologue, d'évoquer l'impact de la maladie dans la vie quotidienne, de revenir sur l'étape douloureuse de l'annonce du diagnostic faite par le généticien ou le neurologue, et de juger l'état d'anxiété du patient et de sa famille.
Selon les besoins psychologiques évalués, nous orientons les personnes vers un centre de prise en charge spécialisée, un médecin de ville, ou un psychiatre.
Nous essayons de fournir aux consultants un maximum d'informations sur la nature de la maladie, ses implications médicales et familiales, et son acceptation ou non par le patient.
En effet, pour que le travail psychologique soit efficace, il est indispensable que le malade se sente reconnu par une personne qui connaît bien son état".

Grâce à un financement de l'Association Française contre les Myopathies, la rencontre avec un psychologue est possible dans la plupart des consultations multidisciplinaires des maladies neuromusculaires en France.

Article intéressant :  Les enjeux du diagnostic présymptomatique - Marcela Gargiulo, psychologue clinicienne (publié sur le site de la Ligue Huntington Francophone Belge).


 

Les conséquences à long terme du test présymptomatique dans la M.H .
Gargiulo M, Lejeune S, Tanguy ML, Lahlou-Laforêt K, Faudet A, Cohen D, Feingold J, Durr A.
(Hôpital Pitié-Salpêtrière – Département de Génétique et de Cytogénétique – Paris)

Notre étude sur les conséquences à long terme du test présymptomatique pour la M.H. avait deux buts :

* la comparaison du bien-être psychologique et de l'adaptation sociale entre les personnes porteuses et non-porteuses de la mutation,
* et l'identification des déterminants psychologiques pour améliorer les soins/le soutien des personnes testées.

Nous avons procédé à une étude sélective croisée sur 351 personnes qui suivaient le test présymptomatique.
Ceux qui présentaient des signes moteurs ont été exclus de la comparaison entre les porteurs asymptomatiques et les non-porteurs.
Un entretien organisé, incluant cinq degrés de compte-rendu et le MINI (Mini International Neuropsychiatric Inventory), a été proposé pour détecter une psychopathologie ou des problèmes avec l'adaptation sociale.
Nous avons interrogé 119 personnes testées (53%), 62 non-porteurs et 57 porteurs, 3,7 ans en moyenne après leurs résultats.

La dépression était fréquente chez les porteurs asymptomatiques (58%).
Plus intéressant, le compte-rendu sur l'impact du test a montré que 27% de non-porteurs ne s'en sortaient pas bien malgré un résultat favorable, et un pourcentage significatif de non-porteurs (24%) était dépressif par la suite.
Des analyses multi-variées ont montré qu'un seul antécédent dépressif antérieurement au test était un facteur prédictif d'une dépression postérieure au test génétique tant chez les porteurs que les non-porteurs de la mutation MH.

Traduction libre (Dominique C. - Michelle D.)
Etude publiée en ligne dans le « European Journal of Human Genetics » le 20 août 2008
Source :  PubMed (résumé)